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Le Dernier Voyage de Tanya

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Commentaires
04/08/2024 18:55:19
Avis

Ce film présente la culture des Mériens, un peuple vivant entre la Russie et la Finlande.
Le personnage principal est un fils de poète, souhaitant faire revivre cette ancienne culture. Ici, le patron de cet homme a sa femme qui est morte et il souhaite lui offrir des funérailles telles que ses ancêtres les pratiquaient. Ils vont l'amener au bord d'une rivière sacrée de ce peuple, lui construire un bûcher, la brûler et jeter ses cendres à la rivière. Dans cette culture, retourner à sa mort à la rivière est le plus grand honneur qu'il soit. Elle présente aussi une autre tradition qui est, qu'avant le mariage, la mariée se fait tresser des mèches de couleurs dans ses poils pubiens que son mari doit lui enlever une fois ensemble dans leur chambre.

Dans ce périple, majoritairement en voiture, les personnages vont parler, << brûmer >> dans leur langue, c'est-à-dire que le veuf parle de sa femme, souvent de ses moments d'intimité, comme pour la faire revivre, exprimer tous les sentiments qu'il avait pour elle. C'est un moment assez émouvant, même si le personnage principal prend une certaine distance de temps à autre : lorsque la scène est filmée de l'intérieur, de très près, les personnages discutent, ou plutôt le veuf brûme et l'autre écoute; d'autres fois, l'homme est filmé de l'extérieur de la voiture, en monologue intérieur tandis que le veuf parle en arrière plan. J'aime beaucoup cela, ces moments profondément réels qui nous arrivent à tous, où on se positionne à distance du moment présent.

Malheureusement, ce tableau n'est pas si rose : le personnage principal évoque son enfance, la mort de sa mère dans la rivière sacrée des Mériens, son père ayant sombré dans l'alcoolisme. De l'autre côté, cet homme et sa femme avaient une relation plutôt unilatérale : lui était un homme dominateur, qui emmenait sa femme dans des hôtels, lui versait de la vodka dessus avant de baiser avec elle. Elle est malheureusement dépeinte comme une femme soumise, sans énormément de vie privée. Je dirais même que cette femme est morte de chagrin, d'être empêchée de s'épanouir dans sa vie, d'être obligée de rester une femme soumise. Il se trouve qu'elle et le personnage principal ont été amoureux, très rapidement. En apprenant cela, le veuf va devenir un peu fou et aller dans une forêt pour faire tomber quelques arbres (à la main). Il reviendra sur son propre comportement, disant qu'il aurait dû la laisser partir, même s'il l'aimait comme un fou, la meilleure preuve d'amour aurait été de la laisser s'envoler.
Les deux personnages vont avoir un accident de voiture dans la scène suivante, à cause des passereaux que voulait emmener le personnage principal qui se sont échappés de leur cage, au dessus de la rivière sacrée : le veuf en mourra, l'autre dira avoir écrit cette histoire grâce à la machine à écrire que son père avait jeter plusieurs dizaines d'années auparavant. J'aime beaucoup cela, un oiseau hors de cage représentant la liberté, on peut comprendre que cette scène est un nouveau départ: le veuf retourne à la rivière sacré, le personnage principal retrouve l'occasion de propager sa culture comme le faisait son père.

L'image est un format assez large qui permet de capturer un ensemble d'instant, ce qui rend particulièrement bien lors de la scène du bûcher, où les deux personnages jettent de la vodka sur le feu pour le faire prendre.

Bref, un film magnifique, lent, avec beaucoup de voix off, qui permet de comprendre toute l'ambiguïté de ce veuf, qui aimait sa femme, qu'il aimait réellement, du plus profond de son cœur, ce n'était pas par méchanceté qu'il lui a fait subir cela, mais parce qu'il voyait cela comme une preuve d'amour.