
J'honore ici un échange vieux de 4 ans avec Dante (époque Discotouf) où je lui avais proposé de voir ce film
(allez, bonne résolution de l'année, rattraper mes séances CL aussi !)
Sinon pour le film, je reste assez circonspect, tout ceci me semble sonner bien creux et j'ai plus l'impression d'assister à un dialogue de sourds qu'à un réel échange (c'est peut-être le but justement ?), et le (sur-)jeu d'acteur n'aide pas...
Aucun des personnages ne semble très ébranlé par le discours de celui d'en-face et reste l'un et l'autre camper sur leur position respective (le passage sur la couverture électrique est tout de même assez drôle).
La mise en scène quant à elle est sommaire et le rythme assez suspect, j'ai eu du mal à en comprendre les enjeux en fait ?
J'en ressors avec une impressions extrêmement fouillis, j'ai l'impression que tout "l'intérêt" du film (pour reprendre la formulation chère à Disco) tient à l'ultime phrase du personnage de Wally qui clôt le film : "Quand je suis rentré, Debby était rentrée de son travail, et je lui ai raconté mon dîner avec André."
En fait, on se retrouve en tant que spectateur à la place de Debby, à ceci près qu'on ne connaitra jamais le point de vue de Wally sur ce dîner. Reste-t-il sur son idée préalable que "visiblement, quelque chose n'allait pas avec André !" comme il l'affirme en voix-off en ouverture du film avant le fameux dîner, ou bien au contraire, que les propos de celui dont on disait "qu'il parlait avec des arbres !" lui a ouvert les yeux sur sa condition d'homme moderne ?
On n'en sait rien et finalement c'est au spectateur de décider - ou pas. Et paradoxalement, on en revient à des considérations assez similaires à celles qu'on avait sur la fiche de l'autre film de l'échange, à savoir que face à une œuvre, qu'elle soit bavarde ou non, en définitive seul compte notre propre ressenti et le sens qu'on l'y donne.
Sur ce point, précisément, ici, tout ceci me paraît être un discours bien daté et assez lourd en fait, typiquement :
"New York est le nouveau prototype du camp de concentration, bâti par les détenus eux-mêmes, et sont leurs propres gardiens. Et ils sont fiers d'avoir bâti leur propre prison ! Il vivent en état de schizophrénie, à la fois gardiens et détenus. Il en résulte qu'ils ne voient pas qu'ils sont lobotomisés, donc incapables de quitter leur prison, ni même de voir que c'est une prison.
On se sent comme des Juifs Allemands en 36. Il faut fuir ! Mais la question c'est : où aller ? Car il semble évident que le monde entier va dans la même direction ! Je pense qu'il est très possible que les années 60 aient vu l'ultime manifestation de l'homme avant l'extinction finale. Et que c'est le début d'une ère nouvelle. Et que désormais, nous ne serons plus que des robots marchant en tous sens, ne ressentant rien, ne pensant à rien... Et il ne restera presque personne pour rappeler qu'il existait jadis une espèce appelée "race humaine" douée de sentiments et de raison... L'histoire et la mémoire sont d'ores et déjà effacées, et bientôt, personne ne se souviendra que la vie a existé sur cette planète."
Et que la réponse résiderait dans "[...] un concept de "réserves" des îlots où l'on préservera l'Histoire... où l'homme pourra continuer de survivre afin de perpétuer l'espèce à travers cet âge de ténèbres. En fait, nous parlons bien de "maquis" ! qui existait déjà de manière différente au Moyen-Âge dans les ordres mystiques de l'Église. Et le but de ce "maquis" est de trouver comment préserver la lumière, la vie, la culture... Comment garder les choses vivantes ! Je continue de penser que nous avons besoin d'un nouveau langage, un langage du cœur, celui de cette forêt polonaise, où les mots étaient inutiles, une sorte de langage entre les gens qui sera une sorte de nouvelle poésie. La poésie des "abeilles-danseuses" quand elles se disent où se trouve le miel. Et je crois que pour créer ce langage, il faudra apprendre à regarder à travers le miroir... à travers une nouvelle perception, où nous aurons ce sentiment d'être lié avec toute chose. Et soudain... Nous comprendrons tout !"
1981-2021
CQFD
Message édité
En gros, ils se demandent comment être heureux en confrontant leur point de vue lors d'un dîner.
L'un, un peu mystique, a quitté le confort et la notoriété dont il jouissait à New-York pour enchaîner les expériences nouvelles (voyages, vie en communauté, drogues...) et essayer de vivre simplement, en harmonie avec le monde et les autres.
L'autre, écrivain en manque de reconnaissance, plutôt ironique au début, devient fasciné par cet ami et le récit de ses tentatives de changement radical de mode de vie, mais en même temps se demande si le confort qu'il a, bien que superficiel, ne suffit pas à son bonheur. La recherche d'une sorte de vérité transcendantale serait pour lui vaine, voire contre-productive.
C'est résumé grossièrement, mais si ce genre de raisonnement vous parle, regardez ce film sans hésiter.