Dans sa "construction intellectuelle" le film est très réussi. Bunuel remarque les rapports étroits qui peuvent exister entre pulsion sexuel et pulsion de mort. Ainsi le personnage principal découvre le plaisir érotique, en même temps que le plaisir morbide. En effet, il assiste à la mort de sa gouvernante qui, étalée au sol, révèle ses jambes. Retrouvant dans une vieille boutique une boite à musique associée à ce moment de sa vie, il se rappelle le plaisir de cette double pulsion. Il va alors chercher, en vain, à retrouver cette sensation en commettant des meurtres. Mais il ne parvient jamais à accomplir l'acte. Cette incapacité renvoie à son impuissance sexuelle. Elle serait la conséquence des maux profonds de la société mexicaine, comme nous l'indique Bunuel. En effet chaque femme qui meurent représente un de ces maux, une de ces valeurs/institutions vampirisantes : l'éducation, la religion, la bourgeoisie, l'hypocrisie (ou le mariage par intérêt). Ce n'est qu'une fois libéré de ces maux et conscient qu'on ne condamne pas quelqu'un pour des pensées coupables (pensées peut-être communes à tous les hommes), qu'il peut enfin trouver l'amour (ou quelque chose qui s'en rapproche) auprès de la seule femme anticonformiste rencontrée.
En revanche, je trouve que le côté malsain et fétichiste, - probablement provocateur à l'époque- a mal vieilli et que l'on a vu bien mieux (ou bien pire plutôt) depuis. De même l'esthétique est assez plate, très hollywoodienne. Le film imite un peu le style "film noir" mais échoue à créer des situations à suspense en les désamorçant bien trop vite (ex : la chaussure) ou, au contraire, en les étalant trop longuement.