Tout n'est pas à jeter mais Haneke cumule un peu tous ses défauts (à commencer par sa galerie de personnages désincarnés et accablés par un scénario sombre) dans un film qui se voudrait "film somme" de tout ce qu'il a fait par le passé. On retrouve un peu de Amour. Un peu de la Pianiste. Un peu de Caché. Etc.
Au final c'est assez explicatif, avec quelques passages réussis mais qui me semble être plutôt un exercice raté au final.
J'ai l'impression que le film est sorti dans l'indifférence générale.
Quoi qu'il en soit c'est très moyen. Je ne connais pas vraiment le travail d'Haneke en dehors de Funny Games mais si cela ressemble à ce Happy End ça n'a pas l'air d'un grand intérêt. On trouve dans le film quelques scènes intéressantes (en particulier celles qui concernent la petite fille et Trintignant...2 en fait) mais tout le reste est d'un cynisme vain que ne rattrape pas l'impression de facilité constante qui parcourt le film. Sans que ce soit aussi clivant que ce à quoi je m'attendais (nul intérêt de placer l'histoire à Calais, on voit deux fois des réfugiés dans le film et on en parle pas), tout est bon à traîner dans le boue pour Haneke: la fille matricide, le père absent dépravé, le fils incapable (curieuse réminiscence du "Elle" de Verhoeven d'ailleurs puisque Huppert était déjà là, la différence étant que le Hollandais savait pouvoir jouer sur différents registres pour faire tenir son histoire là où Haneke semble désespérément premier degré) et j'en passe... Reste effectivement de trop rares moments de complicité que vient gâcher une fin puérile au possible, on l'avait senti venir.
Vous êtes durs je trouve... plus j'y pense, plus je trouve que ce film est en quelque sorte le “A Serious Man” de Haneke... je me souviens que Bégaudeau parlait d'ASM comme le “film-charpente” des frères Coen, le film où l'on ne garde que ce qui fait l'ossature de l'oeuvre des deux frangins... et bien ici j'ai l'impression que c'est la même chose ; on retrouve ce sentiment d'exposition du noyau, de décharnement, de nudité dans l'intention artistique, ce qui permet de mesurer toute l'étendue des obsessions du réalisateur autrichien.
Même au niveau de la syntaxe esthétique et de la température spatiale, il y a beaucoup de similitudes (personnages qui ont du mal à se mouvoir, qui semblent épousés, enserrés, par les éléments du décor, beaucoup de plans fixes, photographie léchée, industrielle qui ne fait que renforcer ce sentiment de déséquilibre, de dysharmonie sentimentale et sociale).
Pourtant, ce qui est fort, c'est que Haneke prouve que décharnement ne rime pas avec désincarnation (du moins chez lui) – pour moi, c'est un de ses films les plus habités, les plus concis, les plus subtils, les plus propices à l'échange avec le spectateur (ce qui rappelle Funny Games dans un genre différent) mais aussi les plus matures, parce qu'il tempère cet aspect abrasif si inhérent à son cinéma (dont je suis pourtant client et que l'on retrouve finalement ici sous un rayonnement différent, plus épidermique). J'ai trouvé ça simultanément absurde, drôle, malsain, bénin, émouvant... un peu comme la vie... et à défaut de m'être attaché à cette famille, je me suis attaché au regard anguleux que porte Haneke sur elle, comme souvent. Ça aurait pu durer une heure de plus que j'aurais été tout aussi enchanté.
J'ai une grande affection pour ce cinéma absurde au possible qui hurle à voix basse et nous invite dans un univers de noirceur psychologique d'une criante justesse. D'ailleurs, pour l'anecdote, je suis allé le voir pour fuir une réunion familiale qui avait l'air chiante et artificielle au possible.
Haneke, jamais le dernier pour la déconne !
ça va loler sec !