







...). Ce qui est intéressant c'est qu'il sera disponible sur le site d'arte pendant 2 semaines à partir du 28, de quoi s'organiser un peu pour voir tout ça.Message éditéLa version d'origine de 8h sort enfin en DVD.
📢Melaine Tu nous le vends un peu? Des annees que je veux le voir (mais peur de la longueur et des cheminots)
En fait, le film peut justifier ce type de retours tout en étant très loin de tout ça. Certes les séquences de train sont d'une vivacité étonnante, notamment l'accident du prologue, mais aussi une autre un peu plus tard où, sans trop en dire, la locomotive accélère progressivement et le découpage avec elle. Mais ces "scènes d'action" surviennent seulement deux ou trois fois dans le film, et sont chaque fois tendues en direction du drame qui se joue, qui est un mélodrame familial d'une amplitude extraordinaire et qui me semble être quand même le cœur du film (que l'on dévoie donc un peu en ne parlant que du montage accéléré du train, si bluffant soit-il). Je dis que c'est d'une extraordinaire amplitude, mais ce qui m'a surpris c'est que c'est en même temps une petite histoire, avec peu de personnages (trois principaux, un périphérique et un dernier qui est plutôt une figure récurrente, souvent comique les diverses locomotives, la chèvre et le chien), relativement peu d'enjeux dramatiques au regard des 6h56 totales, mais ces enjeux sont chaque fois étirés ou renflés de l'intérieur, ils s'étendent sur une durée qui prend la mesure de toute l'ampleur émotionnelle d'un événement, il y a une façon de monter en sauce le moindre détail, de l'étaler dans le temps et dans l'espace, presque de l'ériger en monument, qui m'a fait penser au style de H. Melville en littérature. D'ailleurs les quelques intertitres narratifs sont souvent écrits dans un style ampoulé, qui laisse à penser que Gance aurait pu être un écrivain médiocre, mais qu'il est parvenu à quelque chose de très fort en cinéma de cette tentation grandiloquente. Ici l'ouvrier comme sa machine (ses machines successives), comme Norma, comme Elie, comme les deux maisons aussi (dont l'espace est rendu avec une densité extraordinaire) ont quelque chose de monumental, oui, ils atteignent une dimension de mythe primitif - et ce pas du tout par des procédés comme ceux d'Eisenstein, par exemple, mais vraiment par une force qui vient de l'intérieur du drame et que le film fait sortir et déploie jusqu'à une envergure cosmogonique, qui met en jeu les énergies terrestres (incendie, coups de vents, froid glacial, crevasses et sommets montagneux...), technologiques (le train, donc) et passionnelles dans une forme d'égale considération pour cet ensemble qui fait tourner la "roue du destin".
Mais bon, en le disant ainsi ça semble encore très boursouflé, alors que le film fait vraiment quelque chose de son ambition presque gloutonne en rapport avec la relative modestie du sujet (je dis "relative" parce qu'il y a quand même des sacrifices, des trahisons et des mensonges à un niveau existentiel, et la mort qui rode, mais ça aurait pu donner un film d'1h30 nettement plus sobre).
Et, si ça peut te rassurer, une bonne partie du film ne se déroule pas au bord des rails mais dans les hautes montagnes (avec un rapport au train plus lointain). Quant à la durée, pour ma part je l'ai regardé en plusieurs fois. Le film est chapitré en un prologue et quatre "époques", ça peut permettre de découper des visionnages, je trouve que ça se prête plutôt bien à un format épisodique aussi (dans mon expérience j'ai apprécié être accompagné plusieurs jours par le film). Et tous les "arcs" sont puissants et émouvants, je ne vois pas de moments qui seraient plus faibles ou potentiellement ennuyeux.