Ce site est un miroir. A utiliser pour consultation uniquement : vos données ici seront perdues.

Illusions perdues

Mon CL
  • Connectez-vous
Outils
  • Connectez-vous
Gestion
  • Connectez-vous
Commentaires
08/09/2021 11:12:39

Pour une fois qu’un réalisateur français s’empare de notre patrimoine littéraire pour le porter au cinéma, j’avoue avoir été plutôt curieux. Gros casting plutôt dans le ton, reconstitution chic et histoire intéressante (comment un jeune homme idéaliste monte à Paris sous la Restauration pour y faire une carrière littéraire et comment il se change au contact de la société médiocre qu’il y trouve) ne suffisent pourtant pas à faire de ces Illusions perdues l’adaptation littéraire qu’elle rêverait sûrement d’être. Le problème à mon sens, outre la frénésie du récit, c’est la trop grande place laissée à la voix off. Son utilisation très premier degré (nulle question de distance méta ou de jeu ludique entre ce qui est dit et ce qui est montré) empêche le film d’être film, le réduisant au contraire à n’être souvent qu’un empilement de scènes illustratives qui défilent trop vite. Le scénario peut quand même s’avérer intéressant dans ce qu’il essaie de tisser comme parallèle entre la société de l’époque et la nôtre (quelques piques ici et là semblent même franchement démagos) mais sans que ça ne tienne vraiment la longueur, d’autant que toutes les thématiques sont soulignées constamment, ce qui est un peu fatiguant (ça fait quand même 2h30). Fondamentalement pas un mauvais film (au moins le récit se tient, ce n’est pas « Un peuple et son roi ») et j'ai même bien ri parfois mais ça donne davantage envie d’aller lire Balzac dans le texte qu’autre chose. C’était peut-être le but de l’entreprise.

Message édité
08/09/2021 11:52:03

C'est vrai qu'il y a peu d'adaptations de la "grande littérature française". En essayant de me souvenir de ces cinq dernières années... Je pense à peu de choses.


Emmanuel Mouret a adapté Diderot y'a pas si longtemps. Y a eu la promesse de l'aube de Romain Gary aussi il y'a peu. Y a eu les gardiennes, un roman moins connu mais l'auteur avait eu le goncourt dans les années 20 (pas pour les gardiennes).

Ensuite il y a eu des romans beaucoup plus contemporains d'adapter d'auteurs très connus (qu'on aime ou pas, ils font parti du paysage de la littérature francophone contemporaine en tout cas) comme du Pierre Lemaitre ou du Christine Angot.


En fait c'est surtout à la télé, j'ai l'impression, qu'on peut voir des adaptations de classiques français (dans des séries type Baudelaire présente, ou je sais plus comment ça s'appelait, ou par le théâtre filmé).

08/09/2021 11:58:10

Je dis rarement ça parce que c'est pas un format que j'affectionne beaucoup mais ça aurait eu plus de sens d'adapter Balzac sous forme de série. C'est tellement foisonnant que ça me semble de toute façon compliqué de faire une adaptation cinématographique plus intéressante (ou complémentaire) à l'œuvre de base. Par exemple l'adaptation de la Promesse de l'Aube est une illustration assez plate du livre. Au revoir là-haut,je trouve déjà le bouquin pas fameux mais le film de Dupontel n'est pas très intéressant non plus. Les Gardiennes et Joncquieres en revanche j'avais beaucoup aimé mais je n'ai pas lu les oeuvres originales.

28/10/2021 00:16:33
Avis

Revitalisant, à proprement parler, au même titre que le livre. Les "illusions" ne sont pas celles de Lucien mais bien de toute la construction sociale de la France d'après Napoléon Ier. "Perdues", comme le journal.

Faut-il séparer le livre de l'adaptation ? Cette question trotte dans mon esprit, depuis.
25/11/2021 13:06:43

Je crois qu'il est là le meilleur film de l'année! :bave:


Il ne faut pas prendre le cynisme du film au premier degrés, en effet on aurait vite fait de trouver que le film penche trop du coté du populisme avec son portrait ultra pessimiste de la critique littéraire.

Premièrement, il ne faut pas oublier que l'oeuvre dont il est issu date des années 1840 (donc ça parle de la critique d'une époque précise), et deuxièmement, il est préférable sur cet aspect là de prendre le film comme une comédie cynique, au même titre que Le loup de wall street. Les deux n'ont pas la prétention de nous apprendre en détail les mécanismes d'un système corrompu et malfaisant, mais plutôt de proposer des films cathartiques, extrêmement drôles, en nous présentant des personnages hauts en couleur, fascinants par leur nihilisme, immoraux mais également attachants.


De plus, le vrai sujet du film ne serait-il pas plutôt l'ascension social? 

Une réputation, bonne ou mauvaise, peut et doit se faire sur du buzz, du bruits, du vents, tant que "ça" parle. Et la société qu'on nous présente, qui pour le coup fait évidemment écho à la notre, en est malade, dépendante.


Au-delà de ces thématiques, le film est d'une beauté assez vertigineuse.

ici on lorgne plus du coté de Visconti, avec ces somptueux décors où rien n'est laissé au hasard. Il est admirable de découvrir une oeuvre aujourd'hui capable de proposer un film historique sans utiliser de fonds verts (à vrai dire si il y en a, ils sont invisibles...). En effet, tout semble palpable, on ressent les textures comme si on était, que ça soit celles des habits ou des meubles... Une vraie machine à remonter le temps.

Et les acteurs jouent à la perfection, même si je suis d'accord avec Schaffer sur le fait qu'ils soient employés pour jouer ce pour quoi on les connait, que ça soit Depardieu, Balibar ou le génial Lacoste, mais c'est justement ça qui est réjouissant, d'autant plus qu'ils en font des tonnes, ce qui donne une dimension étrange au film, qui peut faire penser de loin au génial Ma loute (dans une bien moindre mesure certes...).

Ceci dit, je n'avais jamais entendu Lacoste s'exprimer avec un langage autant littéraire, cela crée un contraste avec son jeu nonchalant et le rend encore plus à hurler de rire!

Xavier Dolan est une vraie révélation, sa sobriété et sa précision font plaisir à voir et font de lui un excellent (et hilarant) réceptacle à toute les vannes qu'il se prend.

Quand à la voix off, je ne l'ai pas trouvé si descriptive que ça, peut-être qu'elle "noie" un peu le film mais je pense que c'est un film qui mérite d'être revu, au même titre qu'un The social network ou Casino,.

En effet, la voix donne un rythme ultra frénétique au film et ne laisse pas de répits. Cela à pour effet de donner un charme fou à l'ensemble et d'emporter le spectateur dans un tourbillon inarrêtable.


Une très belle réussite, de mon point de vue...


27/11/2021 10:15:16
Avis

Franchement non...

J'ai lu très récemment le bouquin de Balzac parce qu'on m'avait donné envie de le lire et vu que le film sortait à peu près en même temps, pourquoi ne pas aller confronter mon texte du lecteur à celui de Xavier Giannoli ?

Alors j'ai bien fait de lire le livre avant, parce que j'avais adoré les deux premières parties (moins la troisième) et que si j'avais d'abord vu le film, jamais de la vie je ne serais empressé de le lire.
On se concentre donc sur la seconde partie du bouquin, les péripéties parisiennes d'un jeune arriviste qui tente de se faire une place hors de sa province. Et il y a des choses qui fonctionnent plutôt bien, les codes culturels qui changent, même pour Louise (maîtresse du héros et jouée par Cécile de France), qui fait pourtant partie de la noblesse, se retrouve un peu perdue à Paris où la mode n'est pas la même qu'à Angoulême.

Mais en fait ce qui m'a assommé, c'est la narration, on opte pour une voix off qui raconte toute l'histoire, donne plein de détails, alors autant ce style de narration pouvait passer dans le roman, autant dans le film j'étouffais. Les personnages ne vivaient jamais rien par eux même, jamais une situation n'était assez développée pour qu'on ressente ce qu'ils vivent, c'était sans arrête expliqué, surexpliqué par la voix off.

Je ne comprends vraiment pas le projet.

Surtout qu'au début on nous assène une quantité d'informations sur le passé de Lucien, le héros, qui servent à condenser tout ce que l'on apprend sur lui dans la première partie du bouquin, j'ai juste trouvé ça indigeste.

Cette narration fait que le film manque simplement de vie, tout semble trop mécanique...

Alors je ne dis qu'il n'y a pas quelques coups d'éclat. D'ailleurs j'ai aimé tous les passages où les personnages secondaires sont au centre que ça soit Vincent Lacoste, Xavier Dolan ou même notre bon vieux Depardieu national. Disons que le Lucien du film m'agace, avec une son petit zozotement, je me suis demandé, vu les allusions que fait le film à la politique actuelle, si ce n'était pas fait exprès pour ressembler encore plus à Macron. Et que les passages que je préfère dans le film comme dans le livre sont ceux qui concernent la littérature, comment Lucien s'arrange avec ce qu'il pense d'un livre pour publier des articles, même si dans le film j'ai eu l'impression que Xavier Giannoli répondait avant tout aux critiques qu'il reçoit lui.

Je n'ai jamais réellement réussi à rentrer dans le film, certes il arrive parfois à être drôle, mais jamais à toucher, son héros est trop banal et peu développé pour ça.
Je ressors donc de là avec la salle impression d'avoir perdu mon temps et que j'aurais dû me contenter du bouquin... et en même temps la seconde partie du livre est géniale, ça mérite d'être adapté au cinéma, mais je suppose qu'il fallait oser rentrer plus dans les intrigues politiques, les personnages et ne pas précipiter pour que tout ça rentre dans un film de 2h30 en disant que la voix off ferait le reste.