







C'est vrai qu'il y a peu d'adaptations de la "grande littérature française". En essayant de me souvenir de ces cinq dernières années... Je pense à peu de choses.
Emmanuel Mouret a adapté Diderot y'a pas si longtemps. Y a eu la promesse de l'aube de Romain Gary aussi il y'a peu. Y a eu les gardiennes, un roman moins connu mais l'auteur avait eu le goncourt dans les années 20 (pas pour les gardiennes).
Ensuite il y a eu des romans beaucoup plus contemporains d'adapter d'auteurs très connus (qu'on aime ou pas, ils font parti du paysage de la littérature francophone contemporaine en tout cas) comme du Pierre Lemaitre ou du Christine Angot.
En fait c'est surtout à la télé, j'ai l'impression, qu'on peut voir des adaptations de classiques français (dans des séries type Baudelaire présente, ou je sais plus comment ça s'appelait, ou par le théâtre filmé).
Je dis rarement ça parce que c'est pas un format que j'affectionne beaucoup mais ça aurait eu plus de sens d'adapter Balzac sous forme de série. C'est tellement foisonnant que ça me semble de toute façon compliqué de faire une adaptation cinématographique plus intéressante (ou complémentaire) à l'œuvre de base. Par exemple l'adaptation de la Promesse de l'Aube est une illustration assez plate du livre. Au revoir là-haut,je trouve déjà le bouquin pas fameux mais le film de Dupontel n'est pas très intéressant non plus. Les Gardiennes et Joncquieres en revanche j'avais beaucoup aimé mais je n'ai pas lu les oeuvres originales.
Je crois qu'il est là le meilleur film de l'année!
Il ne faut pas prendre le cynisme du film au premier degrés, en effet on aurait vite fait de trouver que le film penche trop du coté du populisme avec son portrait ultra pessimiste de la critique littéraire.
Premièrement, il ne faut pas oublier que l'oeuvre dont il est issu date des années 1840 (donc ça parle de la critique d'une époque précise), et deuxièmement, il est préférable sur cet aspect là de prendre le film comme une comédie cynique, au même titre que Le loup de wall street. Les deux n'ont pas la prétention de nous apprendre en détail les mécanismes d'un système corrompu et malfaisant, mais plutôt de proposer des films cathartiques, extrêmement drôles, en nous présentant des personnages hauts en couleur, fascinants par leur nihilisme, immoraux mais également attachants.
De plus, le vrai sujet du film ne serait-il pas plutôt l'ascension social?
Une réputation, bonne ou mauvaise, peut et doit se faire sur du buzz, du bruits, du vents, tant que "ça" parle. Et la société qu'on nous présente, qui pour le coup fait évidemment écho à la notre, en est malade, dépendante.
Au-delà de ces thématiques, le film est d'une beauté assez vertigineuse.
ici on lorgne plus du coté de Visconti, avec ces somptueux décors où rien n'est laissé au hasard. Il est admirable de découvrir une oeuvre aujourd'hui capable de proposer un film historique sans utiliser de fonds verts (à vrai dire si il y en a, ils sont invisibles...). En effet, tout semble palpable, on ressent les textures comme si on était, que ça soit celles des habits ou des meubles... Une vraie machine à remonter le temps.
Et les acteurs jouent à la perfection, même si je suis d'accord avec Schaffer sur le fait qu'ils soient employés pour jouer ce pour quoi on les connait, que ça soit Depardieu, Balibar ou le génial Lacoste, mais c'est justement ça qui est réjouissant, d'autant plus qu'ils en font des tonnes, ce qui donne une dimension étrange au film, qui peut faire penser de loin au génial Ma loute (dans une bien moindre mesure certes...).
Ceci dit, je n'avais jamais entendu Lacoste s'exprimer avec un langage autant littéraire, cela crée un contraste avec son jeu nonchalant et le rend encore plus à hurler de rire!
Xavier Dolan est une vraie révélation, sa sobriété et sa précision font plaisir à voir et font de lui un excellent (et hilarant) réceptacle à toute les vannes qu'il se prend.
Quand à la voix off, je ne l'ai pas trouvé si descriptive que ça, peut-être qu'elle "noie" un peu le film mais je pense que c'est un film qui mérite d'être revu, au même titre qu'un The social network ou Casino,.
En effet, la voix donne un rythme ultra frénétique au film et ne laisse pas de répits. Cela à pour effet de donner un charme fou à l'ensemble et d'emporter le spectateur dans un tourbillon inarrêtable.
Une très belle réussite, de mon point de vue...
Pour une fois qu’un réalisateur français s’empare de notre patrimoine littéraire pour le porter au cinéma, j’avoue avoir été plutôt curieux. Gros casting plutôt dans le ton, reconstitution chic et histoire intéressante (comment un jeune homme idéaliste monte à Paris sous la Restauration pour y faire une carrière littéraire et comment il se change au contact de la société médiocre qu’il y trouve) ne suffisent pourtant pas à faire de ces Illusions perdues l’adaptation littéraire qu’elle rêverait sûrement d’être. Le problème à mon sens, outre la frénésie du récit, c’est la trop grande place laissée à la voix off. Son utilisation très premier degré (nulle question de distance méta ou de jeu ludique entre ce qui est dit et ce qui est montré) empêche le film d’être film, le réduisant au contraire à n’être souvent qu’un empilement de scènes illustratives qui défilent trop vite. Le scénario peut quand même s’avérer intéressant dans ce qu’il essaie de tisser comme parallèle entre la société de l’époque et la nôtre (quelques piques ici et là semblent même franchement démagos) mais sans que ça ne tienne vraiment la longueur, d’autant que toutes les thématiques sont soulignées constamment, ce qui est un peu fatiguant (ça fait quand même 2h30). Fondamentalement pas un mauvais film (au moins le récit se tient, ce n’est pas « Un peuple et son roi ») et j'ai même bien ri parfois mais ça donne davantage envie d’aller lire Balzac dans le texte qu’autre chose. C’était peut-être le but de l’entreprise.
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